Mars 2023. Patience venait de quitter son poste de data scientist à Texaf après six ans à modéliser des prévisions de production de palmiers à huile. Hugo, son cousin et complice depuis l'école d'ingé à l'UPN, rentrait de cinq ans à Paris où il avait été SRE chez Vodacom puis Datadog. Ils se sont retrouvés au Café Croisette, sur l'avenue du 30-Juin, avec un agenda simple : « qu'est-ce qu'on fait maintenant ? »
Le constat était partagé. Les bootcamps européens facturaient 5 000 à 8 000 euros à des juniors kinois, leur livraient un contenu pensé pour Paris ou Berlin, et les laissaient se débrouiller face à un marché local qu'ils ne connaissaient pas. Les écoles classiques formaient bien — mais en quatre ans, à plein temps, et avec des programmes qui dataient de 2017. Et entre les deux, presque rien. Pas de pratique sérieuse en ligne. Pas de mentor humain. Pas d'accès à vie au contenu.
On voulait juste l'école qu'on aurait aimé suivre nous-mêmes — celle qui dit la vérité sur le marché, qui coûte ce qu'elle vaut, et où il y a quelqu'un qui décroche le téléphone.
Le premier parcours — Data Engineering — a ouvert en septembre 2023 avec onze inscrits, sept mentors, et zéro budget marketing. Le deuxième — Cybersécurité — a suivi en janvier 2024. Aujourd'hui, on a formé 1 240 personnes et placé 312 d'entre elles, principalement à Kinshasa, à Lubumbashi et à distance pour des employeurs européens.
Savoira n'est pas une licorne, pas une startup en quête de scale, et ne le sera jamais. On est une école — modeste, locale, rentable depuis le mois quatorze. Notre seul KPI sérieux, c'est le nombre de personnes en emploi tech qui ne l'auraient pas été sans nous. Le reste découle.